Jean a été mis à l’abri par l’Aide Sociale à l’Enfance à son arrivée à Montpellier en janvier 2018, il avait alors 14 ans et 8 mois. Sur les conseils de copains dans la même situation, il a refusé de faire des tests osseux de peur d’être incarcéré. Il a alors été mis à la porte du foyer le 28 août 2018. Il venait d’avoir 15 ans.
A la rue, Jean est venu frapper à la porte de RESF à la fin d’une permanence en octobre 2018. Nous l’avons mis à l’abri dans une petite chambrette et avons réussi à le scolariser et à l’inscrire en CAP carrosserie. Nous l’avons accompagné pour qu’il obtienne ses papiers d’identité. C’était bien un mineur non accompagné, son passeport et sa carte consulaire en attestaient.
RESF a pu, au vu de ces nouveaux éléments, le faire réintégrer dans les services de l’ASE en 2019. Le Conseil Départemental a en effet considéré au vu de ses papiers qu’il était mineur et lui a fait bénéficier alors des mesures pleines et entières de la protection de l’enfance.
C’est également le Conseil Départemental qui l’a inscrit au lycée lors de la rentrée 2019.
Jean devait ainsi en septembre 2019 démarrer un apprentissage pour terminer sa deuxième année de CAP et il avait trouvé lui-même un employeur. Lorsque l’éducateur en charge de son suivi s’est penché sur son dossier, il s’est aperçu qu’il n’y avait toujours pas d’ordonnance de placement provisoire. La demande faite auprès du procureur avait été classée sans suite.
Jean a alors été convoqué le 28 octobre 2019 au Département qui lui a signifié la fin de sa mise à l’abri. La présomption de minorité n’a pas été pris en compte même au regard des documents fournis (carte consulaire et passeport). A aucun moment pourtant ses documents n’ont été remis en cause par l’administration qui n’a pas apporté la preuve qu’ils étaient falsifiés ou non conformes.
Jean a poursuivi sa scolarité au lycée Pierre Mendes France. Ses bons résultats scolaires et sa réussite à son CAP carrosserie ont décidé ses professeurs de le présenter pour un Bac professionnel en carrosserie. Durant toute cette période d’octobre 2019 à 2021, nous l’avons hébergé et aidé financièrement pour se nourrir et se vêtir.
A RESF, nous l’avons également aidé à rencontrer une avocate qui a fait un référé pour demander sa réintégration à l’ASE auprès du juge des enfants. La juge des enfants a demandé sa réintégration à l’ASE au printemps 2021. Le conseil départemental ne s’est même pas présenté à l’audience ce jour-là.
Il a pu terminer avec succès son Bac pro dans des conditions de vie plus sécure. A 18 ans, Jean a obtenu un contrat jeune majeur et nous l’avons aidé à monter son dossier et à le déposer à la préfecture (les éducateurs n’ayant pas eu le temps de l’aider dans ces démarches …).
Ce n’était pas gagné car le fait qu’il ait refusé les tests osseux le poursuivait toujours. La préfecture a émis un avis défavorable et son dossier a bien failli passer à la trappe. Grace à nos réunions semestrielles à la préfecture nous avons pu défendre son dossier afin qu’il obtienne un titre travailleur temporaire car il avait trouvé un contrat d’apprentissage pour faire un CAP peinture pour compléter ainsi sa formation de carrossier. Nous l’avons obtenu.
Il a 22 ans aujourd’hui et il est sorti le 13 mars 2024 de l’ASE. Il a un CDI dans son métier de carrossier-peintre et a trouvé un studio à louer. Jean a un titre de séjour salarié.
Un parcours semé d’embuches mais Jean a tenu bon et nous avons toujours cru à ses capacités de réussite.












