Il se lève à 6h, un peu plus tôt qu’à l’accoutumée. Hier il fallait bloquer la France. Sans trop de succès. Aujourd’hui il va s’employer à débloquer la situation de M. qui lui a demandé de l’accompagner en préfecture. Il gare sa voiture en zone orange, sans payer le parking gratuit jusqu’à 9h. Pourra-t-il être de retour avant 9h ?
Il longe les rails de la ligne 1 du tram puis passe devant le porche de la cathédrale : un SDF dort caché sous une couverture noire sous la garde d’un berger allemand aux aguets. À gauche une plaque marque le souvenir de la mort en déportation à Dachau d’un jeune homme de 34 ans suivie d’une autre à la mémoire de Maria Louisa Lioure Rolland , « Félibresse e Pouetessa », disparue en l’an 2000 à 97 ans. Il presse le pas dans la montée et arrive, essoufflé mais à l’heure, devant la préfecture. Prévoyant, il avait imprimé la convocation de M., ce qui lui permet de passer sans encombre le contrôle d’entrée.
Il retrouve M. dans le hall de la préfecture, tendu, mais soulagé de le voir. Ensemble, ils attendent devant le guichet désigné par l’agent d’accueil que les agents de guichet se mettent en place. Une jeune fille passe en premier et s’en va satisfaite, en brandissant son récépissé.
C’est maintenant le tour de M. qui tend les papiers qui lui étaient demandés, demande d’autorisation de travail faite par son patron, contrat en CDI, photo d’identité… L’agent consulte longuement son écran, remplit un récépissé vierge et y fixe la photo de M. : c’est apparemment gagné… jusqu’au moment où l’agent tend le récépissé à M pour signature ; M. échaudé par ce qui justement l’avait conduit un mois plus tôt à devoir arrêter son travail, prend le temps de le lire attentivement jusqu’à la dernière ligne : « n’autorise pas son titulaire à travailler ». Ça ne va pas !
M. et lui se récrient : l’agent tente de se justifier : c’est en fonction de la situation … puis va consulter longuement sa « hiérarchie » dans les coulisses. Enfin il revient et sans mot dire, émet un récépissé « avec autorisation de travailler ». L’atmosphère se détend. M. et lui quittent la préfecture sous un soleil déjà chaud. M. va pouvoir reprendre son travail.
Au retour il dépasse le SDF sous sa couverture noire toujours attentivement surveillé par son chien ; en face, un homme entre dans un bar en prenant soin de déposer à l’extérieur sur un cendrier sa cigarette à peine entamée. A 9h30 il retrouve sa voiture sans PV. Soulagé, il s’en retourne chez lui pour une journée «ordinaire».












